À l'ombre du parti-État : recomposition des jeux politiques au sein des anciennes élites du PND dans l'Egypte post révolutionnaire.
Marine Poirier  1@  
1 : Centre dÉtudes et de Documentation Economiques, Juridiques et Sociales - Le Caire/Khartoum

Sept années après le soulèvement révolutionnaire de 2011, que reste-t-il des attributs historiques du régime autoritaire égyptien ? Comment s'ajuste l'appareil politico-administratif et se réorganisent les réseaux de soutien de l'ancien parti au pouvoir, formellement dissout en avril 2011 ? Si le Parti national démocratique (PND) a dominé la vie politique égyptienne pendant plus de trois décennies, peu de travaux ont interrogé le jeu politique qui caractérisait le parti et qui a pourtant longtemps participé à faire tenir le régime d'Hosni Moubarak (Collombier, 2010 ; P. Haenni, 2005 ; S. Ben Nefissa et A. Arafat, 2005). Dans un contexte où les discours tant profanes que savants opposent aujourd'hui les théories de la démocratisation à celles de l'inévitable restauration autoritaire, je propose d'étudier comment les pratiques et savoir-faire, mais aussi les sociabilités et cultures institutionnelles qui ont historiquement façonné le parti dominant se transforment et se réactualisent dans le contexte postrévolutionnaire.

La dissolution du PND égyptien a profondément bouleversé la scène politique nationale et aucune organisation partisane hégémonique ne l'a remplacé. Depuis le renversement de Mohammed Morsi, seules de fragiles coalitions électorales ont été formées dans cet espace laissé vacant. Ces alliances conjoncturelles autour du président Abdel Fattah al-Sissi comme Fi Hobb Masr (Pour l'amour de l'Egypte) ont rapidement été mises à l'épreuve, comme le rappelle le retrait de la coalition des libéraux des « Egyptiens libres » dès le lendemain des élections législatives en 2015. Cette configuration sans parti de gouvernement fort en Egypte se traduit par un degré important de conflictualité sur la scène politique et produit un fort sentiment d'incertitude chez les acteurs. Nombre d'anciens responsables du parti-Etat regrettent l'absence de fondation d'un parti héritier du PND au sein duquel ils pourraient reconvertir leurs capitaux et retrouver un cadre favorable à la reprise de leurs transactions politiques. Comment faire sans parti dominant ? Comment poursuivre sa carrière politique et se maintenir dans le jeu, quand la valeur des positions et des coups est bouleversée par la disparition de l'espace dans lequel ils faisaient sens ? Dans quelle mesure les nouvelles listes de soutien et coalitions électorales s'institutionnalisent-elles ou au contraire se fracturent et participent à la polarisation de l'espace partisan ?

À partir d'une enquête de terrain en cours auprès des anciennes élites du PND, je souhaite questionner dans cette communication dans quelle mesure l'ombre du parti dominant pèse toujours sur la scène politique égyptienne, et cela malgré sa dissolution. En étudiant plus précisément la circulation des anciennes élites du parti dominant égyptien, leurs stratégies de reconversion et les initiatives engagées pour « refaire parti » (fondation d'un parti ou d'un mouvement, etc.) au cours de l'épisode électoral de mars 2018 (élection présidentielle), je propose de montrer combien le répertoire partisan et les « routines organisationnelles » continuent de structurer l'espace partisan (Geisser et Perez, 2016) sans pour autant que les jeux qui s'y jouent se ressemblent.


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