Un « like » pour ton cousin. Relations à plaisanterie sur Facebook
Elizaveta Volkova  1@  
1 : EPHE/IMAF
Ecole Pratique des Hautes Etudes, Institut des mondes africains

L'étude des relations à plaisanterie est une des thématiques préférées de l'anthropologie africaniste. Le plus souvent, les recherches se basent soit sur l'observation in situ (Smith 2006 ; Davidheiser 2006), ou, plus rarement, sur les matériaux de la presse écrite (Hagberg 2006). Je propose, dans cette contribution, d'interroger les réseaux sociaux : comment les rapports dans le cadre des relations à plaisanterie y sont représentés ?

Mon intérêt à découvrir les relations à plaisanterie entre les provinces historiques en Gambie, et surtout le manque d'informations à ce sujet dans des sources « classiques », m'ont poussé à interroger des sources alternatives, notamment Facebook.

Il s'est trouvé en effet que, sur les réseaux sociaux, ça plaisante. C'est une source inestimable qui permet de comprendre les règles, le contenu, les techniques des insultes rituelles.

On en trouve dans des groupes consacrés spécifiquement à ce sujet. Les groupes “Kiang VS Baddibu Joking Relationship” (« Relation à plaisanterie entre Kiang et Baddubu », provinces historiques en Gambie) et « Niumi VS Jarra Joking relationship » (« Relation à plaisanterie entre Niumi et Jarra », provinces historiques en Gambie) réunissent, respectivement, 17 et 2,5 mille participants. Les groupes « Joking Relationship between Touray Kounda and Ceesay » (« Relation à plaisanterie entre les familles Touré et Cissé ») ou « Signateh and Sabally Joking » (« Plaisanterie des familles Signaté et Sabaly ») comptent quelques dizaines d'adeptes. Le groupe « Cousinage à plaisanterie (sinankouya) » avec ses 208 000 participants et plus de 10 publications par jour témoigne du vif intérêt des internautes à se réunir autour de la question des relations à plaisanterie, ainsi que de la possibilité que cela offre de réactualiser cette relation en se taquinant comme le veut la tradition.

Ici, ce qui compte en particulier, ce sont des relations à plaisanterie entre les groupes : ethnies (Peul et Sereer), clans (Touré et Cissé), villages ou provinces historiques (Jarra et Niumi).

Les thématiques des plaisanteries s'inscrivent toujours dans le répertoire utilisé dans la vie réelle : ancienneté, âge, gourmandise, intelligence, développement... Mais les « techniques » de l'emploi de ces plaisanteries ne sont pas les mêmes, les règles de politesse semblent beaucoup plus souples.

L'objectif de cette communication est d'essayer de comprendre, comment on se taquine sur Facebook entre « cousins à plaisanterie » ? Quels changements subit cette tradition, relevant jusqu'aux derniers temps de l'oralité, de la communication, de l'interaction « sur le coup », et qui se retrouve, dans le contexte des réseaux sociaux, écrite et fixée ?

 Bibliographie :

Davidheiser M. Joking for Peace. Social Organization, Tradition, and Change in Gambian Conflict Management, Cahiers d'études africaines, № 184, 2006, pp. 835-859.

Hagberg S. « Bobo buveurs, Yarse colporteurs ». Parenté à plaisanterie dans le débat politique burkinabè, Cahiers d'Etudes africaines, 184, 2006, pp. 861-881.

Smith E. La nation « par le côté ». Le récit des cousinages au Sénégal, Cahiers d'Etudes africaines, 184, 2006, pp. 907-965.


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