La réémergence d'une maladie « oubliée » : l'épidémie de peste pour questionner la notion d'innovation dans le cas de Madagascar
Chiarella Mattern  1@  
1 : Socio-anthropologue, CEPED, IRD, Université de Paris Descartes, Inserm, Paris, France, Responsable de l'Équipe Santé et Sciences Sociales, Institut Pasteur de Madagascar

Octobre 2017. Une épidémie de peste pulmonaire s'abat sur les deux plus grandes agglomérations urbaines de Madagascar : Tamatave, la ville portuaire à l'est du pays et Antananarivo, sa capitale située sur les Hautes Terres Centrales. Après 30 ans de silence à Antananarivo, on a observé entre septembre et novembre 2017 une réémergence importante de la peste dans la capitale qui constitue un nœud des transports et échanges commerciaux dans le pays. La particularité de l'épidémie qui frappe Madagascar en ce dernier trimestre de 2017 réside dans le fait que cette épidémie est à prédominance pulmonaire, contrairement à ce que l'on observe habituellement.

 

Après le premier communiqué de presse diffusé le 29 septembre 2017 par le Ministère de la Santé Publique, les rumeurs à propos de ruptures de stocks de médicaments créent des mouvements de foules qui se ruent vers les pharmacies et le marché informel. « Psychose autour de la peste à Toamasina (Tamatave). Rationnement des ventes de Cotrim 2 et longues files devant les pharmacies », « Pénurie et flambée du prix du médicament Cotrim », « Les médicaments de « chimioprophylaxie » ont disparu des pharmacies. Leur consommation est prohibée par le ministère de la Santé publique » : tels sont les titres faisant la une des grands hebdomadaires nationaux ces 14 et 15 septembre 2017. Les pharmacies d'officines se mettent à vendre des « kits » anti-peste constitués de masques, gel lavant pour les mains et éventuellement des antibiotiques (cotrimoxazole et ciprofloxaxyne). Sur le marché informel, des masques sont vendus à des prix deux fois plus élevés que leur prix de base. La plaquette de Cotrimoxazole, habituellement vendue à 1000 ariary sur ce marché [0,3€] est aujourd'hui vendue cinq fois son prix sur le marché informel. Les autorités sanitaires et l'Ordre des Pharmaciens craignent une recrudescence des résistances antibiotiques en raison des pratiques d'automédication. Des messages informant des risques de l'automédication commencent à circuler abondement via les médias nationaux (radio, journaux). Dans ce contexte, les écarts entre les recommandations biomédicales en cas d'exposition à la peste (port du masque, port d'un équipement de protection contre l'infection, prise de la prophylaxie), en cas de diagnostic positif (protocole de prise en charge par injections de streptomycine) et les pratiques réelles sont importants. Ces écarts illustrent notamment la réappropriation, par les populations, de messages et recommandations en matières de peste.

Dans le cadre post-épidémique à Madagascar, un pays où la peste est endémique et dont les « bouffée pesteuse » sont récurrentes, cette communication visera à questionner le concept de la place de l'innovation à travers deux acteurs protagonistes de l'épidémie : (1) les soignants dans la mise en œuvre du protocole de prise en charge et (2) et les patients dans les recours préventifs et curatifs (imposés par les recommandations biomédicales ou de leur propre initiative). Cette communication se basera sur les données récoltée dans le cadre d'une enquête anthropologique sur les usages de prise de médicaments en cas de peste (entretiens avec les soignants et les patients).


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