La diplomatie des matières premières de l'Inde et du Brésil en Afrique
Severin Tchetchoua Tchokonte  1@  
1 : Centre québécois d'études géopolitiques (Canada)

La relative difficulté de l'Afrique et des Africains à s'arrimer à la compétition économique qui structure l'histoire des relations internationales et l'incapacité de ses dirigeants à opérer une nécessaire mue géopolitique et stratégique concourent à transformer le continent en un théâtre du jeu de puissance mondial. Dans cette configuration, la « guerre des matières premières » que se livrent les grandes puissances industrielles est un indicateur de la « glacisation » de l'Afrique. Ainsi, l'ancrage de l'Inde et du Brésil à la géopolitique des matières premières participe de la relecture de la dynamique de puissance en Afrique. À la suite des puissances occidentales, de la Chine et du Japon, l'Inde et le Brésil ont fait de l'acquisition des matières premières africaines un des socles de leur inscription dans la quête du leadership mondial. Pour ce faire, ils déploient sur le continent une intense diplomatie des matières premières qui, pour l'essentiel, repose sur des leviers ethnologiques, historiques, diplomatiques et économiques. Mais, dans une logique de « contre-encerclement », l'élite gouvernante africaine devrait faire de la coopération « donnant-donnant » un instrument susceptible de lui permettre de transformer au mieux des intérêts des populations l'actuelle dynamique indienne et brésilienne. Contrairement à la coopération « gagnant-gagnant », synonyme d'une asymétrie stratégique des partenaires, la coopération « donnant-donnant », expression de la nécessaire maturité stratégique des dirigeants Africains pourrait leur permettre de siphonner les technologies indiennes et de contraindre le Brésil à partager son savoir et son savoir-faire en matière d'agriculture écologique. En effet, la maîtrise technologique de l'Inde dans le domaine du « High Tech » et l'expertise brésilienne en matière d'agriculture écologique adossée aux exigences du « contenu local » constituent des instruments que les dirigeants Africains pourraient mettre à contribution dans la mise en œuvre de leur processus de développement qui, jusqu'ici, s'avère très laborieux.


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