La Tijaniyya Sénégalaise : Les dahira d'entreprise dans le développement du tourisme religieux au Maroc
Nazarena Lanza  1@  
1 : Institut d'ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative  (IDEMEC)  -  Site web
CNRS : UMR7307, Université de Provence - Aix-Marseille I
MMSH 5 Rue du château de l'Horloge - BP 647 13094 AIX EN PROVENCE CEDEX 2 -  France

Cette contribution porte une réflexion sur le rôle des dahira de certaines entreprises dakaroises dans l'organisation de ziyara (visites) dans les « capitales » de la Tijaniyya sénégalaise (Tivaouane, au Sénégal, et Fès, au Maroc), ainsi que sur un phénomène de « transfert » de compétences qui a caractérisé le passage de l'une à l'autre.

Depuis une dizaine d'années maintenant, ces ziyara occupent une place importante dans l'industrie du « tourisme religieux » (marocain comme sénégalais). Elles ont ainsi, entre autres, contribué à changer le paysage urbain de Fès, non seulement en termes de présence de plus en plus importante de groupes de pèlerins en provenance du Sénégal, mais aussi, en termes de redéfinition, voire de redéploiement de la tariqa Tijaniya telle qu'elle est vécue et pratiquée dans les zawya marocaines.

Les dahira d'entreprises, bien avant la spécialisation des agences touristiques dans le secteur (Lanza, 2014), ont donné une impulsion essentielle à la démocratisation du voyage au Maroc, en boostant lenombre de pèlerins grâce notamment à l'organisation de tontines et de tirages au sort dans le cadre de loteries. A côté de ces pratiques qui leur sont typiques, elles ont été, également, un canal de transfert de compétence basé sur leur expérience organisationnelle du gamou annuel de Tivaouane et un réel « savoir-faire » qu'elles ont développé dans la prise en main du pèlerinage à Fès.

C'est à partir de ces éléments donc, fruits d'une observation ethnographique menée entre 2012 et 2014, des activités de 3 dahiras d'entreprise de la région de Dakar, que voudrais proposer une relecture de l'intensification des mobilités à caractère religieux – déjà anciennes depuis des siècles- entre le Sénégal et le Maroc. Et, dans la même lancée, je suggérerai comment le développement de ce pèlerinage et des mobilités qui l'accompagnent sont devenus le lit de transformations et d'adaptations des pratiques dans les Zaouia marocaines et comment ces changements ont été influencés par des réalités socio-organisationnelles typiquement sénégalaises.

 


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