La vidange "durable", une activité urbaine à la croisée du jour et de la nuit
Zoé Tinturier  1@  
1 : Les Afriques dans le Monde
UMR 5115

Activité typiquement urbaine et nocturne à Madagascar, la vidange[1] reste une thématique peu explorée par le champ scientifique. Ce manque de visibilité peut s'expliquer par la nature de l'activité, réputée s'associer à un travail de l'ombre et de l'impur. Loin d'être répertoriée parmi les activités nocturnes valorisées et synonymes de citadinité, elle est rarement mentionnée parmi les activités pour décrire les nuits urbaines de la capitale, que ce soit dans le champ scientifique (Fournet Guérin, Morelle, 2006) ou de la fiction (Ravaloson, 2015). Invisible, la vidange est une activité tolérée car elle est nécessaire, elle a donc un lien intrinsèque avec la ville. Mais elle n'en est pas moins synonyme d'exclusion sociale, de tabous et de souillure (Douglas, 1971)). Dans une société dans laquelle les liens ancestraux restent des fondements de la vie sociale et politique, se mettre en contact avec les excréments peut être associé à la folie (Didier, 2010), tant la rupture qu'elle implique en termes de liens sociaux est importante.

Dans ce contexte, le champ de la coopération internationale et des "Objectifs du développement durable" a fortement participé à la mise en visibilité de cette thématique au niveau local. Ces programmes ont ainsi été l'occasion d'aborder d'une nouvelle manière les problèmes d'hygiène en zone urbaine, et ont facilité l'émergence de cette question dans le champ scientifique (Fauroux, 1991).

L'entrée par les acteurs internationaux doit permettre de souligner les mises en tension permanentes entre les élans de "modernité" engendrés par l'intérêt suscité par les bailleurs et les caractéristiques nocturnes à laquelle cette activité est liée à l'échelle locale. A travers l'étude d'une entreprise s'inscrivant au sein des "ODD" dans la ville de Tamatave, cette présentation cherchera à mieux saisir une activité encore peu documentée dans le contexte africain. Transformée en activité de jour menée par de plus en plus d'experts et de techniciens, la vidange n'en garde pas moins les traces de souillures qui en font une activité associée à la nuit et au tabou. Il s'agira de comprendre la position des vidangeurs dans cette stratégie de modernisation, qui accroit leur visibilité quand elle cherche à améliorer leur hygiène et leur "dignité". A travers l'analyse des conditions de ceux qui réalisent ce travail, cette présentation représente ainsi une occasion pour aborder autrement les transformations des villes de province[3], les mixités entre le monde rural et urbain, les recompositions qu'entrainent les acteurs internationaux et les pratiques orientées à la fois par les normes internationales et locales.


[1] On entend ici la vidange des latrines de tout type (fosses, tinettes, bidons...)

[2] Etant en réalité impossible de reconstruire les généalogies de chacun ou de connaître l'ancienneté des tombeaux, l'ascendance servile se juge sur des critères tel que le lieu d'habitation, les pratiques sociales, mais aussi la couleur de la peau et la texture des cheveux (Ramamonjisoa, 1984; Razafindralambo, 2005; Gardini, 2015)

[3] Principale ville côtière à l'Est de Madagascar, et deuxième ville la plus importante du pays après Antananarivo, Tamatave reste sous-documentée par rapport à la capitale 


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