Les mobilisations citoyennes et politiques liées au Franc CFA
Hélène Gombert  1@  
1 : Sciences Po Lille - Institut d\'études politiques de Lille
Mémoire de recherche sous la tutelle d'Etienne Peyrat

L'actualité récente, notamment de l'année 2017, a été le témoin d'un regain contestataire autour de la monnaie Franc CFA, dans la diaspora comme dans la Zone Franc. Pourtant le prisme « mouvement social » peine à s'imposer dans la lecture du problème monétaire en Afrique francophone. L'objet de mon étude est donc d'établir une cartographie des mouvements sociaux liés au Franc CFA, d'en étudier la rhétorique, l'organisation ainsi que les répertoires d'actions privilégiés. 

La résistance s'avère largement multiforme et asymétrique. Multiforme d'abord car les organisations de lutte contre le CFA sont diverses : informelles, organisées en parti politique ou en ONG, leur répertoire d'action diffère, tout comme leur rhétorique. Néanmoins, la permanence de la grille de lecture néocoloniale indique que la France demeure un référent politique central en Afrique francophone : pareille dénonciation est autant le fait des opposants les plus radicaux, comme Kemi Seba, que des dirigeants africains soucieux de se déresponsabiliser face au déficit démocratique lié à l'ancienne monnaie coloniale. La participation du monde de la culture, et notamment de figures du rap francophone, contribue à médiatiser la question monétaire et son aspect symbolique.

Asymétrique ensuite, de par l'hétérogénéité sur le plan géographique : l'opposition de la diaspora n'est pas la même en intensité que l'opposition en Afrique, celle-là même étant différente en Afrique de lOuest et en Afrique centrale. C'est donc une étude sociologique et politique placée sous le signe de l'hétérogénéité, un élément qu'il faudra interroger à la lumière de l'avenir proche de la contestation : la crédibilité et l'impact de la lutte dépendent-ils de son harmonisation et sa coordination ? Quel pays de la Zone Franc pourrait incarner le moteur de la contestation et quel frein rencontrerait-il dans le processus de transnationalisation de la lutte ?

On ne peut étudier les mouvements d'opposition au CFA sans évoquer les figures de soutien de la monnaie, ses défenseurs en Afrique et en France. Là où le camp de l'opposition est marqué par la diversité (de profil des acteurs, de rhétorique ou de répertoire d'actions), le camp de la défense fait montre d'une homogénéité étonnante, uni notamment sous les maîtres-mots de crédibilité et de stabilité. Basée sur une approche monétariste néolibérale, leur rhétorique nie le caractère politique du débat et ne perçoit dans l'approtpriation populaire récente qu'une lacune de technicité et d'objectivité, le symptôme d'un populisme dangereux, nouveau en Afrique.

Enfin, on traitera du caractère générationnel du phénomène : au travers des mobilisations de lutte contre le CFA, c'est très largement le mécontentement global d'une jeunesse africaine en manque de perspective et d'insertion qui s'exprime. La rhétorique anti-CFA s'ancre ainsi plus largement dans un « dégagisme » de plus en plus tonitruant en Afrique francophone, qui s'attache à dénoncer tant les élites africaines que le système plus large de la « Françafrique ». Certains éléments semblent ainsi déjà présager d'une possibilité d'embrasement, de radicalisation de cette contestation largement nourrie par les réseaux sociaux. 


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