Nuits noires à Antananarivo : pratiques et représentations
Catherine Fournet-Guérin  1, 2@  
1 : Espaces, Nature et Culture
Université Paris-Sorbonne, Centre National de la Recherche Scientifique : UMR8185
2 : Université Paris-Sorbonne
Sorbonne Université

A Antananarivo, la capitale et seule grande ville de Madagascar, la nuit constitue un temps dont les usages singularisent la ville par rapport à ses homologues africaines : la représentation commune est que les villes d'Afrique « ne dorment jamais ». Or c'est en apparence l'inverse à Antananarivo, où l'espace nocturne fait l'objet de multiples peurs, tout d'abord liées aux représentations rurales très prégnantes, marquées par des croyances diverses. La grande majorité des citadins développe alors des tactiques d'évitement de sortie la nuit, quelle que soit l'échelle. L'espace urbain la nuit est également caractérisé par une criminalité très marquée, qui affecte toutes les catégories de la population, qu'il s'agisse des hommes ou des femmes, des plus aisés comme des plus modestes, des habitants des quartiers centraux comme ceux de périphérie. Bien sûr, pour certains, cette peur de la nuit va permettre le développement aisé d'activités discrètes, connues ou non du reste des citadins. Dans ce contexte, les pratiques et les représentations de la nuit à Antananarivo sont marquées par des singularités fortes. On exposera celles-ci en comparant le cas d'Antananarivo à celui d'autres métropoles d'Afrique d'une part, et en interrogeant les représentations artistiques de la nuit tananarivienne, à travers la littérature (Nuits d'Antananarivo, Rajohnson, 2016), la bande dessinée, les films, et les chansons de variété malgache (« Alina mangina », Nuit sereine, du groupe folk Mahaleo, notamment).

Au delà du cas tananarivien, on pourrait réfléchir à formuler un « droit à la nuit » au sens de droit à la sécurité des déplacements nocturnes, qu'ils soient pédestres ou non, effectués par des hommes comme par des femmes, par des jeunes comme par des personnes âgées, ou encore de droit à la mobilité nocturne : dans les villes d'Afrique, c'est loin d'être le cas, en raison notamment de l'absence de prise en compte de ces problématiques par les autorités locales. Or, la sécurisation des déplacements nocturnes a constitué un élément important de l'amélioration de la vie urbaine dans les pays riches depuis deux siècles.


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