Mouvements nocturnes : recomposer la nuit du sabar en migration
Alice Aterianus-Owanga  1@  
1 : Université de Lausanne

Le versant nocturne du quotidien constitue pour les danseurs et musiciens de sabar de Dakar un pan central de leur activité professionnelle. Danse de cercle pratiquée autrefois essentiellement par les femmes, et accompagnée par des musiciens hommes (Neveu-Kringelbach, 2013, Dessertine, 2010), le sabar est aujourd'hui exécuté de plus en plus par des compagnies mixtes, qui la diffusent au-devant du monde, notamment en Occident, auprès d'un public de plus en plus nombreux d'adeptes de sabar (Ross 2008 ; Bizas 2014). Dans les ruelles de Dakar, le sabar se fait voir et entendre à l'occasion de diverses cérémonies, notamment lors des tannëbers nocturnes, moments de démonstrations d'extravagance se déclinant aussi bien dans le registre chorégraphique que vestimentaire. Outre leurs répétitions diurnes, les danseurs de compagnie consacrent une part importante de leurs temps aux performances dans ces tannëbers, aux « soirées sénégalaises » dans des boites de nuit, ou aux concerts de chanteurs populaires.

Cette contribution propose dans un premier temps d'interroger le rôle de ces performances nocturnes dans la reconnaissance et la consécration artistique des danseurs de sabar de Dakar, et dans un second temps, de décrire la manière dont ces espaces de sociabilité, d'identification et de reconnaissance nocturnes se recomposent dans différentes villes européennes par le canal des migrations. En effet, pour un petit nombre d'artistes qui parviennent à accomplir leurs aspirations au voyage en Europe, le maintien de l'activité artistique passe entre autres par la recomposition des festivités et des activités nocturnes dans leurs nouveaux contextes. Nous examinerons ici comment la recomposition de la vie nocturne du sabar participe de la mise en place de continuités entre le monde du sabar dakarois et ses ramifications en diaspora, notamment par la mobilisation de registres d'expériences sensorielles et d'interactions kinesthésiques similaires.

Cette proposition se base sur une recherche ethnographique au sein du champ transnational du sabar qui se développe entre Dakar et l'Europe via les migrations de danseurs et de musiciens sénégalais. Cette recherche postdoctorale de trois ans, débutée en février 2017, est soutenue par une bourse Ambizione du Fonds National Suisse de la Recherche. Elle a pour l'instant consisté en une participation observante de 180 heures de stages et cours de sabar en Europe ou au Sénégal, de plus de quarante entretiens semi-directifs, et d'un terrain de dix semaines dans des compagnies de danse de Dakar.

 


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