Repenser les assignations de genre au Nigéria : l'action militante de la WIN dans les années 1980
Sara Panata  1, 2@  
1 : Institut Français de Recherche en Afrique  (IFRA)  -  Site web
Institute of African Studies University of Ibadan Ibadan, Oyo State Nigeria -  Nigéria
2 : Institut des mondes africains  (IMAF)
Institut de Recherche pour le Développement - IRD (FRANCE), Aix Marseille Université, École Pratique des Hautes Études [EPHE], Université Paris I - Panthéon-Sorbonne, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), CNRS : UMR8171
Institut des mondes africains - 9, rue Malher 75004 Paris -  France

Cette intervention vise à interroger l'action de l'organisation militante féministe Women in Nigeria (WIN) dans la reconfiguration des assignations de genre au Nigéria. D'emprunte marxiste-léniniste, la WIN, est formée par un groupe d'académiques nigérians – hommes et femmes - en 1982 à Zaria, au nord du pays. Elle propose une critique des rapports de genre et des archétypes de féminité et masculinité présents dans le pays. Chaque année, l'association propose d'étudier un pan de la société nigériane dans lequel des inégalités entre les sexes semblent émerger de manière particulièrement frappante. Les militant.e.s se penchent notamment sur l'étude de la famille, de l'école, du mariage et du milieu politique pour essayer de pointer de doigts les inégalités qui existent dans ces domaines à cause des constructions sociales qui attribuent aux femmes une place subordonnée au sein de la société. Ces militantes et militants proposent au même temps de solutions pour renverser ces assignations dans chaque domaine étudié, en suggérant des modelés de féminité et masculinité différents. De quelle manière la WIN repense-t-elle les assignations de genre dans les différents secteurs sociaux qu'elle prend en examen ?

Une attention particulière sera portée sur les propositions de réformes concrètes que la WIN avance suite à ces conférences du caractère plus académique. Comment l'État se positionne vis-à-vis de ces revendications ? Nous nous attacherons également à parler du positionnement d'autres organisations féminines face aux revendications de la WIN. Notamment, les réponses du National Council of Women's Societies (NCWS) association parapluie, englobante toutes les organisations des femmes dans le pays – et de laquelle la WIN se détache – seront analysées. Également, nous parlerons des positionnements de la Federation of Muslim Women's Associations of Nigeria (FOMWAN) vis-à-vis des reformes proposées par la WIN. Cette dernière est une organisation parapluie fédérant toutes les organisations musulmanes du pays et se détachant du NCWS, vu comme excessivement représentatif de positions des femmes chrétiennes dans le pays. Dans l'analyse de ces questions-réponses avec l'Etat et d'autres organisations féminines, nous voudrions mettre en avant la complexité de ces recompositions en contexte postcoloniale en soulignant la manière dont plusieurs modèles concurrents vont prendre formes dans un même pays.

Nous soulignerons aussi l'impact des échanges internationaux dans le façonnement de ces assignations de genre plurielles. Dans un contexte où les échanges internationaux de ces femmes ne sont plus régis par la puissance coloniale, des connexions internationales variées se développent, se multiplient, se diversifient. Cela fait en sorte que des discours multiplient et concourant s'opposent. Quels sont les circulations qui ont un impact central dans ces nouvelles reconfigurations de genre ? De quelle manière ces militant.e.s utilisent les discours qui circulent dans leurs circuits internationaux ? Est-ce qu'elles se positionnent dans une logique de refus ou de reproduction ? Quel sont les résultats novateurs qui découlent de ces échanges? 

Avec ces questionnement, l'intervention vise ainsi à réfléchir dans une perspective historique a l'impact de cette organisation dans la recomposition – ou la volonté de recomposition - de masculinités et féminités au Nigéria des années 1980.


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