Enjeux et perspectives de l'exploitation du zircon au Sénégal
Joseph Pierre Emile Diouf  1, 2@  
1 : DIOUF Joseph
Université Cheikh Anta Diop (Dakar, Sénégal), Université Paris IV - Paris Sorbonne
94 Rue du Ruisseau 75018 Paris -  France
2 : DIOUF Joseph
Université Cheikh Anta Diop (Dakar, Sénégal), Université Paris IV - Paris Sorbonne
94, Rue du Ruisseau 75018 -  France

Le Sénégal dispose d'importants gisements de ressources minières dont les découvertes se multiplient depuis les années cinquante, à l'instar du phosphate, de l'or et du zircon. Ce dernier connaît aujourd'hui une forte demande sur le marché mondial. Ainsi, deux Firmes transnationales ont obtenu chacune un permis d'exploration et d'exploitation des deux plus grands gisements du pays. Il s'agit du site de de Niafarang, dans le Sud du pays, attribué à Astron Ltd, une multinationale sinoaustralienne, basée à Hong Kong, et sa filiale Senegal Mineral Resources. Le deuxième site est celui de Diogo, dans la région de Thiès, attribué à l'entreprise Grande Côte Operations (GCO) créée par Tizir, une co-entreprise à parité, entre la société française Eramet et l'australienne Mineral deposit limited (Mdl). Cependant, les populations locales manifestent une profonde hostilité à l'exploitation de ces gisements. Toutefois, si le poids de l'Etat et les jeux politiciens ont permis la mise en exploitation du gisement de Diogo par la GCO, aux dépens des populations, Astron Ltd rencontre de difficultés pour lancer l'exploitation du zircon de Niafarang.

En effet, la GCO a obtenu une concession minière de 25 ans renouvelables sur le site de Diogo. Les deux partenaires possèdent à eux deux, 90% du capital de la GCO contre 10% pour l'Etat. Malgré un bras de fer de cinq années, les populations ont été expropriées et l'exploitation de la mine a démarré. Aujourd'hui, leur contestation est renforcée par la montée des critiques et des interrogations des élites du pays sur les revenus de cette exploitation. Des dénonciations se multiplient autour de promesses non tenues par la firme, de conditions douteuses d'octroie de la licence d'exploitation de cette mine par l'Etat et des montants des dédommagements.

Quant au gisement de Niafarang, la population locale s'oppose à son exploitation pour plusieurs raisons : la disparition de la dune de sable, qui protège le littoral et empêche la salinisation des rizières, grenier agricole de centaines de villages environnants ; le risque de pollution de la nappe phréatique ; les risques sanitaires; la remise en cause d'une aire marine protégée et le peu de perspectives d'emplois locaux. Les acteurs du tourisme rejettent également le projet et les touristes, habitués à y passer leurs vacances, mobilisent des mouvements écologistes à l'étranger pour soutenir les communautés locales. A cela s'ajoute le Mouvement indépendantiste casamançais (MFDC) hostile au projet. «C'est une déclaration de guerre, les armes parleront», prévient Mamadou Nkrumah Sané, le Secrétaire général du MFDC en exil.

L'étude comparée de ces deux conflits permet de mieux appréhender les enjeux, le jeu des acteurs, Etat, multinationales et communautés locales ainsi que leurs interactions et stratégie dans la conflictualité et/ou la recherche de convergence d'intérêt.

Bibliographie

Momar Coumba Diop, Sénégal. Les institutions et politiques publiques à l'épreuve d'une gouvernance libérale, Paris, Ed. Karthala, 2013. - Le Sénégal sous Abdoulaye Wade. Le Sopi à l'épreuve du pouvoir, Paris, Ed. Karthala, 2013.

Abdou Latif Coulibaly, Le Sénégal sous Macky Sall : De la vision à l'ambition. Les Réalisations à mi-mandat, Ed. L'Harmattan, Paris, 2015.


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