Lettres d'amour et de science. Denise Paulme en correspondance avec André Schaeffner
Marianne Lemaire  1@  
1 : Institut des Mondes Africains
Université Panthéon-Sorbonne, Institut de Recherche pour le Développement : UMR8171, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Aix Marseille Université : UMR8171, Centre National de la Recherche Scientifique : UMR8171

Quelques années avant sa mort, l'anthropologue africaniste Denise Paulme (1909-1998) publiait sous le titre Lettres de Sanga la correspondance qu'elle avait envoyée en 1935 à son futur époux, l'ethnomusicologue André Schaeffner, alors qu'elle se trouvait sur le terrain en pays dogon (actuel Mali). Ces lettres nous apportaient de précieuses informations sur les relations qu'elle avait entretenues avec ses informateurs, ses amis, ses collègues ou ses maîtres, sur les liens que ceux-ci avaient noués entre eux, sur le contexte institutionnel et sur les enjeux théoriques de la discipline ethnologique en train de se former. Tronquées par leur auteure avant leur publication de manière à les faire ressembler à un journal de terrain plutôt qu'à une correspondance amoureuse, elles ne nous renseignaient cependant pas sur sa relation avec son futur époux. Mais un autre ensemble de lettres, écrites par Denise Paulme à André Schaeffner depuis leur rencontre, en 1934, jusqu'à ses derniers séjours de terrain en Côte d'Ivoire, en 1967, nous permet aujourd'hui d'explorer la manière dont elle a, tout au long de sa vie, fait évoluer son discours amoureux au fil de son parcours scientifique.

Si l'étude des affects a longtemps été écartée dans la mesure où historiens et anthropologues craignaient d'y perdre leur objectivité, celle des affects des chercheurs eux-mêmes semble avoir pris davantage de retard encore. Cette communication s'interrogera sur les conditions auxquelles des archives aussi personnelles que des lettres d'amour peuvent être envisagées comme des sources légitimes pour étudier la manière dont les femmes scientifiques, au cours du XXe siècle, ont articulé leur vie privée et leur vie professionnelle. À la croisée de l'individuel et du social, les lettres de Denise Paulme témoignent de la nécessité de penser dans un même mouvement et souvent dans les mêmes termes les deux dimensions, affective et scientifique, dont elle entendait nourrir sa vie.


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