Décolonisation ou nouvelle colonisation ? Les relations Afrique-Asie.
Kae Amo  1, 2@  
1 : Institut des mondes africains  (IMAF)  -  Site web
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
2ème étage 96 bd Raspail 75006 PARIS -  France
2 : EHESS
IMAF, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)

Par comparaison aux relations entre l'Europe et l'Afrique marquées notamment par l'histoire de la colonisation, les relations économiques et politiques de l'Asie avec l'Afrique sont beaucoup plus récentes. Pour certains, la présence asiatique et notamment chinoise est une « nouvelle colonisation », tandis que pour d'autres c'est une relation « gagnant-gagnant (win-win) ». Cette étude s'intéresse à cette nouvelle relation entre les deux régions – considérées auparavant comme « périphériques » et qui deviennent aujourd'hui de nouveaux « centres » – et à la transformation des anciens rapports coloniaux, en termes économique et géopolitique, mais aussi au niveau des discours, des symboles, des idées, des idéologies, des cultures et des imaginaires.

Au cours des années 1970 et 1980, la question prioritaire entre l'Afrique et l'Asie était la concurrence sur les marchés mondiaux. La réalité des échanges économiques directs entre les deux continents est moins connue, et les études s'appuient essentiellement sur les statistiques de grands organismes internationaux comme l'OCDE, l'ONU ou le FMI. Pour en savoir plus sur ces interactions, nous nous sommes basés sur différentes études de cas, sur les rapports intergouvernementaux et les FTA (Free Trade Agreements, accords de libre-échange) instaurés en Asie, en Afrique, et entre les deux régions. Notre étude s'appuie aussi sur un travail de terrain et des entretiens avec certains acteurs – des chefs d'entreprises, des représentants des gouvernements ou des volontaires – afin de mieux comprendre les relations entre les deux continents. Nous avons ainsi remarqué un phénomène représentatif, à la fois de l'ouverture des pays africains aux marchés globalisés et de l'importance de leurs échanges économiques avec les pays asiatiques, notamment avec la Chine.

En outre, on peut se demander si cette « expansion » des pays asiatiques vers l'Afrique est accompagnée par l'idée de « civilisation » ou d'« assimilation » comme c'était le cas avec la puissance coloniale française. Aujourd'hui, l'Asie est perçue comme un « soft-power » sur le continent : Arts, religion et culture sont transmis « par le haut » – par l'Institut Confucius chinois, par exemple – mais aussi « par le bas ». Il n'est pas rare d'observer sur le terrain, les populations locales consommer du thé chinois, du riz importé d'Asie, des nems, regarder les films de Bollywood ou encore pratiquer le karaté...

 Enfin, cette connexion à la fois économique, politique et culturelle entre les deux continents, met directement à l'épreuve l'épistémè européenne. En effet, il vise à rendre compte comment, à partir des nouveaux rapports Afrique-Asie, une économie politique de la production des savoirs émerge non pas contre l'Europe mais hors de son hégémonie épistémologique. L'objectif est d'engager une confrontation théorique et pratique à partir des expériences vécues dans ces nouvelles territorialités, pour en aménager les contours et contenus. L'idée de mise à l'épreuve vise précisément à décloisonner les approches sur chaque continent, l'Afrique et l'Asie, et à montrer que chacun est un lieu épistémique à construire en dialogue non seulement avec l'autre, mais plus largement avec d'autres postcolonies.


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