La perception par la population rurale de l'avenir des parcs à karité : l'exemple de la commune de Banikoara (Bénin).
Abidine Koukpéré  1@  , Frédéric Alexandre  1@  , Catherine Mering  2@  
1 : Université Paris13
Pléiade
2 : Université Paris Diderot
LIED

L'agriculture sous parcs arborés ou parcs agroforestiers, demeure le système de production dominant dans les paysages ruraux d'Afrique de l'ouest. Ces parcs agroforestiers, sélectionnés, sont composés d'une variété d'espèces, avec généralement, une ou deux principales. Ils s'intègrent parfaitement aux cultures annuelles et fournissent aux populations l'essentiel des produits forestiers nécessaires pour satisfaire une partie de leurs besoins quotidiens alimentaires, sociaux et économiques (Pélissier 1980). Les caractéristiques de ces parcs associés aux cultures annuelles, traduisent l'histoire et la culture des acteurs locaux de leur construction. L'archétype de ces parcs est celui à karité et néré au Bénin. Les parcs agroforestiers couvrent presque tout le territoire rural du Bénin, entre 7-12° Latitudes Nord. Les densités de karité et de néré sont particulièrement importantes au centre et au nord du pays (Chevalier 1943 ; Gnanglè 2005). Les activités de ramassage des noix et la transformation des amandes de karité en beurre et ses produits dérivés, et ceux du néré, constituent la base de l'exploitation des produits forestiers non ligneux des communautés rurales. C'est une source de revenus et d'emplois pour les femmes, (Boffa 2000). Au cours des trois dernières décennies, sous l'impulsion de la demande mondiale des amandes et du beurre de karité, la filière d'exploitation a connu un regain d'intérêt et mobilise différents acteurs de plus en plus importants dans les chaines de valeur de son exploitation. Face à cette dynamique de l'exploitation du karité et les enjeux socio-économiques et environnementaux inhérents, la filière karité est apparue comme un secteur d'avenir et du développement économique à la base. La disponibilité des parcs, leur renouvèlement et leur productivité dans le temps est essentielle pour développer la filière. Or, des études révèlent que les parcs karité se dégradent. L'augmentation de la population, l'extension des superficies cultivées (KATE et al. 2015), le raccourcissement et la disparition progressive des jachères dans le système de production (Djenontin et al. 2003; Ouédraogo et Devineau, 1997), sont des facteurs qui se conjuguent pour mettre à mal le processus de régénération et de renouvellement des parcs agroforestiers. Au regard de cette production scientifique, il était nécessaire de s'intéresser à la perception des acteurs ruraux eux-mêmes de l'évolution des parcs à karité. Des entretiens avec les populations ont été effectués dans treize villages ruraux de la commune de Banikoara, région du bassin cotonnier du Bénin. Bien que située dans la zone des savanes boisées et de fort peuplement de karité, la production cotonnière a entrainé l'adoption de la culture attelée dont la pratique culturale entrave la préservation des jeunes plants et par conséquent le processus de renouvèlement des arbres vieillissants. Face à ce tandem de développement de deux produits, filière coton et filière karité, la région de Banikoara concentre des facteurs aux effets directs sur la dynamique des parcs agroforestiers et le développement de la filière karité. La présente étude se propose d'appréhender les perceptions des populations rurales sur l'avenir des parcs à karité, les facteurs en cause, les conséquences de cette évolution, ainsi que les stratégies pour pérenniser les parcs.


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