De leader du tiers-monde à une puissance émergente : le nouveau visage du projet africain de l'Inde
Alioune Ndiaye  1@  
1 : Centre québécois d'études géopolitiques (Canada)

La fin de la Guerre froide a entrainé une profonde refondation de la politique étrangère de l'Inde. La chute de l'allié soviétique, dans les bras duquel elle s'était jetée au début des années 1970, plus par nécessité stratégique que par conviction idéologique, a entrainé une redéfinition de ses rapports avec le monde. A cela viendra s'ajouter l'émergence de sa rivale chinoise comme un acteur de plus en plus important sur la scène internationale, ce qui a fait naitre chez New Delhi des rêves de puissance.

Les habits de leader du Tiers-monde, en droite ligne de l'esprit de Bandoeng, que la diplomatie nehruvienne lui avait taillé devenaient trop étriqués pour contenir ses ambitions de puissance. L'Inde ne se contentait plus d'être un leader du Tiers-monde, mais un des pôles du nouvel ordre international marqué par une certaine multipolarité.

Cette ambition, New Delhi en est consciente, passera d'abord par une économie forte et prospère (Baru, 2008). Ainsi, l'Inde s'emploiera à atteindre cet objectif, sur le plan interne, à travers de profondes réformes de son système évoluant ainsi vers l'économie de marché (Chauvin, Lemoine, 2005) et sur le plan externe en orientant sa diplomatie principalement vers plus de pragmatisme.

En effet, dans le sillage de l'idéalisme nehruvien, la politique africaine était jusque-là structurée autour d'objectifs politiques et moraux ayant pour finalité de positionner l'Inde comme un leader du Tiers monde. Cependant, avec son nouveau projet africain l'objectif est plutôt la projection de l'identité d'une Inde « puissance émergente» qui structure les intérêts de New Delhi autour de considérations économiques, énergétiques et géostratégiques.

Le nouveau projet de New Delhi revêt un aspect pluridimensionnel et n'est plus axé quasi-exclusivement que sur le politique. Il tourne autour de quatre axes qui sont, le politico-diplomatique, l'énergétique, l'économique et le géostratégique (Ndiaye, 2013).

La dimension politico-diplomatique consiste pour l'Inde à accentuer sa coopération avec les pays africains à un triple niveau régional, sous régional et bilatéral, dans le but de construire des liens politiques qui lui permettent d'obtenir le soutien de l'Afrique dans un certain nombre de dossiers, notamment celui de l'élargissement du Conseil de sécurité (Berri, 2012).

La dimension énergétique quant à elle réside dans le recours aux sources d'énergie provenant de l'Afrique pour faire face aux les besoins de son économie. Elle confère à l'Afrique un rôle de premier plan dans la politique indienne pour la sécurité énergétique (Berri 2005, Madan 2006, Sharma et Mahajan 2007, Vines 2011, Dubey et Biswas 2016)

La dimension économique consiste en une densification des échanges commerciaux avec l'Afrique pour pouvoir profiter de ses matières premières et y écouler les produits de son industrie. La quatrième dimension découle de tout ce qui précède et consiste pour l'Inde à développer des relations stratégiques avec les pays africains du littoral Ouest de l'Océan indien dans le but d'y projeter sa puissance et sa présence (Scott, 2009).


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