Damé, un village musulman en pays Agni (Côte d'Ivoire)
Drissa Kone  1@  
1 : Université Félix Houphouët-Boigny

Quelles sont les circonstances qui ont amené les Agni de Damé à embrasser la religion musulmane ? L'importance du cadre ethnique dans l'islamisation de la Côte d'Ivoire est un fait frappant : en de nombreuses régions, la carte de la pratique religieuse recouvre en grande partie celle des frontières ethniques. On trouve côte à côte des ethnies qui se réclament en bloc de l'Islam et d'autres qui sont réfractaires à cette religion. L'objectif de cette communication est de revisiter les phénomènes de conversions ainsi que les nouvelles formes de sociabilité qu'ils engendrent à travers le cas de Damé, village Agni situé dans l'est ivoirien et appartenant au département d'Agnibilékrou. Si la présence de l'Islam en Côte d'Ivoire remonte au XIème siècle, c'est véritablement à partir du XIXème qu'il gagna les régions forestières ivoiriennes, longtemps considérées comme un « mur » pour l'expansion de l'Islam. A partir de 1926, il fait son apparition à Damé par le biais de N'Dua Mahama dont le séjour à Kankan (Guinée) pour des raisons médicales, coïncida avec sa conversion à la religion musulmane. De retour dans son village, il mena plusieurs actions qui conduisirent à la conversion de nombreux coreligionnaires. Ensemble, ils bâtirent la toute première mosquée et la toute première medersa pour diffuser le message islamique. Depuis, ce village présente une particularité : plus de la moitié de la population autochtone est musulmane. Cette adhésion à l'Islam dans un village de cette ethnie[1] et de cette région est un cas atypique de conversions religieuses dans les sociétés africaines. D'autant plus que les Agni tenaient l'Islam en ostracisme parce que considéré comme une religion de commerçants-colporteurs et d'esclaves. Des dispositions furent même prises pour les détourner de l'Islam : tout individu qui devenait musulman était automatiquement écarté de l'héritage auquel il pourrait prétendre. Malgré tout, le nombre de fidèles musulmans continua d'augmenter. En embrassant l'Islam, les convertis adoptèrent un style de vie en rupture avec leur passé et marquèrent officiellement leur appartenance à la « communauté des croyants ». A dire vrai, en Côte d'Ivoire, le passage d'une religion à une autre est socialement toléré (Deniel, 1975). Les différentes communautés présentes à Damé s'interpénètrent ainsi tant au niveau culturel que religieux à telle enseigne que le brassage qui en découle impose une cohabitation pacifique. Dans cette optique, cette communication analysera les performances des acteurs autochtones et leurs manières de faire au quotidien pour consolider le choix religieux des nouveaux convertis. Notre démarche, de nature qualitative et quantitative, s'appuie aussi bien sur des données de terrain collectées auprès des communautés cibles que sur la lecture d'ouvrages qui ont plus ou moins évoqué la question.


[1] L'« ethnie » désigne un groupement humain caractérisé par une communauté de langue et de culture. Le groupe ethnique se présente ainsi comme une parenté, en association avec un territoire spécifique et une histoire partagée. Partant de là, une religion peut-elle être affiliée à une ethnie quand on sait que les religions monothéistes défendent le caractère universel de leur message ?


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