Dynamique des agrosystèmes rizicoles dans le Kassa (Basse-Casamance, Sénégal) : entre perceptions des sociétés et réalité du terrain
Tidiane Sane  1@  , El Hadji Balla Dieye, Oumar Sy, Ngor Ndour, Amadou Tahirou Diaw, Catherine Mering@
1 : Université Assane SECK de Ziguinchor

Tidiane Sané1-2, El Hadji Balla Dieye1-2, Oumar Sy1-2, Ngor Ndour3-2, Amadou Tahirou Diaw4, Catherine Mering5

1Département de Géographie, Université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal)

2Laboratoire Mixte International Patrimoines et Territoires de l'Eau (PATEO)

3 Département d'Agroforesterie, Université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal)

 4Laboratoire d'Enseignement et de Recherche en Géomatique (LERG), Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

5Laboratoire LIED, Université Paris Diderot – Paris 7 (France)

La sécheresse des années 1970 à 1990 a exposé les sociétés rurales ouest-africaines à de multiples contraintes environnementales et induit des conséquences néfastes sur les paysages, les activités socio-économiques et la mobilité des populations. La Basse-Casamance, une des régions rizicoles les plus importantes du Sénégal, n'a pas été épargnée par ces profonds bouleversements et ceux actuellement en cours dans un contexte d'amélioration des conditions climatiques ainsi qu'une forte implication des populations dans la restauration de écosystèmes de mangrove où sont pratiquées les activités rizicoles. Cet article se propose d'analyser la perception des populations sur ces dynamiques environnementales et sociales des terroirs rizicoles casamançais, en particulier dans le Kassa. Cette lecture de leur évolution a été confrontée aux réalités de l'imagerie géospatiale ; ce qui a permis de mettre en évidence des concordances et différences de points de vue (population/science) sur la situation passée et actuelle de ces terroirs. 

La perception des populations est appréhendée par l'administration de deux outils de collecte (un questionnaire et un guide d'entretien) de données qualitatives. Ces outils ont permis d'identifier les facteurs à l'origine des changements intervenus dans les terroirs rizicoles et de mieux apprécier les impacts qui en sont issus. L'imagerie spatiale à haute résolution a été utilisée pour élaborer une cartographie diachronique des terroirs que nous avons confrontée aux perceptions locales.

Les résultats de l'étude montre que les populations locales disposent de réelles connaissances des facteurs à l'origine des changements observés dans les terroirs. Elles estiment que les principales causes des mutations de l'environnement rizicole, surtout au cours de la période 1970-2000, sont, entre autres, la sécheresse (38,9%), la salinisation (29,25%) et le déboisement local (22,9%). L'imagerie géospatiale mise à contribution confirme globalement les résultats de cette perception puisqu'elle montre que la forêt de mangrove, indicatrice essentielle de la dynamique des terroirs rizicoles, a reculé de 47,1 % pour la mangrove dense entre 1972 et 1986 et de 90 % pour la mangrove moins dense. La période 1986-2000 se caractérise par une certaine stabilité, tandis qu'entre 2000 et 2014, on note une évolution positive d'environ 36,8% pour la mangrove dense et de 14% pour celle moins dense. L'examen détaillé établi sur quelques terroirs rizicoles a permis de mieux apprécier la dynamique au niveau local..


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