Les églises des migrations congolaises en Belgique et France: entre foi et engagements politiques dans le pays d'origine
Placide Mumbembele  1@  
1 : Université de Kinshasa

Depuis trois décennies, il s'observe un véritable « boom » religieux à Kinshasa qui s'est exporté dans la diaspora congolaise en Belgique et France. Ces églises sont fréquentées régulièrement par des femmes et des jeunes souvent en état de fragilité économique et d'intégration sociale. A Bruxelles comme à Kinshasa, elles n'ont pas de véritables temples et ne bénéficient pas également de l'appui financier des pouvoirs publics pour leur fonctionnement. Elles marchent grâce aux offrandes des fidèles qui les prennent en charge.

Si à Kinshasa, pour les prières et d'autres rencontres évangéliques, elles louent des anciens bars désaffectés ou encore, occupent des espaces dans des parcelles familiales cédés par des fidèles d'église, par contre à Bruxelles, ces églises se réunissent dans des endroits bien aménagés ne dérangeant pas l'ordre public (grandes maisons, caves, usines désaffectées, etc.).

Cependant, un grand nombre de ces églises de la diaspora sont gérées par procuration et obéissent aux ordres provenant de leurs pasteurs-fondateurs restés au pays d'origine. Ces derniers sont omniprésents en Europe où ils y vont prêcher et installer de nouveaux responsables d'églises. En récompense, ils reçoivent des dîmes et d'autres avantages matériels provenant de leurs ouailles. Car, avoir une église en Europe est non seulement la preuve de l'accomplissement de la parole du Christ qui dit que : « faites de toutes les nations mes disciples », mais aussi un motif de prestige social.

D'ailleurs, beaucoup de voyages missionnaires de ces pasteurs fondateurs effectués en Europe et aux USA sont souvent présentés en boucles dans leurs chaînes de télévisions. Preuve de leur foi et de leur engagement pour l'évangile.

A partir de 2006, les églises d'origine congolaise en Belgique et France se chargent d'une nouvelle mission, celle de revendiquer les droits politiques des compatriotes restés au pays. Elles deviennent une vraie force d'opposition politique contre le régime du président Joseph Kabila qu'elles qualifient d'autoritaire. Elles se mobilisent pour la libération du peuple congolais.

D'autre part, tous les pasteurs kinois soutenant le régime en place sont appelés « collabos » et interdits de prêcher dans leurs églises basées en Europe. Certains musiciens chrétiens ayant soutenus Kabila pendant la campagne électorale sont également frappés par la même mesure et leurs œuvres sont ostracisées.

Depuis 2016, les mêmes églises ont radicalisé leur position à l'égard des pasteurs collabos : ils sont interdits de voyager en Europe et de prêcher dans leurs églises de la diaspora. D'autre part, on assiste de plus en plus à des schismes produits entre certaines églises de la diaspora celles mères basées à Kinshasa.

A Bruxelles et Paris, certains pasteurs sont au premier rang des mouvements contestataires, on les appelle « pasteurs combattants ». Ils demandent à leurs fidèles de s'engager politiquement pour libérer leurs frères et sœurs au pays. C'est une véritable croisade contre le pouvoir politique dans le pays d'origine.

Notre contribution analyse l'engagement et le discours politique de ces églises congolaises de la diaspora face au nouvel enjeu politique en RDC. Elle examine aussi les contextes de l'émergence de ces nouvelles églises dans leur rapport avec le pays d'origine.


 


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