Le « RPT-UNIR », la renaissance d'un parti dominant au Togo ?
Just Mietté Likbi  1, 2@  
1 : Les Afriques dans le monde
Sciences Po, CNRS : UMR5115
2 : Sciences Po Bordeaux - Institut d\'études politiques de Bordeaux
Sciences Po Bordeaux - Institut d\'études politiques de Bordeaux

Créé le 30 aout 1969 à Kpalimé, le RPT fait partie du patrimoine national togolais. Son histoire qui se confond à celle d'Etienne Eyadema son fondateur, est liée à celle du Togo depuis des décennies. Parti hégémonique à l'origine, il devient dominant au lendemain de la restauration du multipartisme en avril 1991. Le 5 février 2005 quand décède Etienne Eyadema à 69 ans dont 38 au pouvoir sans discontinuité, Faure Gnassingbé le succède aux sommets de l'Etat (Y. Dégli, 2005 ; C. Debbasch, 2006) et du parti. Mais très vite en effet, ce legs politique s'avère si lourd et contraignant qu'après moult tentatives et réticences, l'héritier politique d'Eyadema annoncera le 14 avril 2012 devant quelques milliers de militants réunis à Blitta à l'occasion du sixième congrès extraordinaire du parti, la dissolution du RPT et la création d'un autre parti : UNIR (Union pour la République). Cette dissolution actée qui sonne comme « un coup de tonnerre » au Togo ne trouve malheureusement pas l'assentiment des caciques de l'ancien régime, ne convainc non plus les leaders de l'opposition (Fulbert Attisso, 2012). Pour ces derniers, « la création d'UNIR est un non-évènement. » En effet, alors qu'officiellement dissout, le RPT demeure omniprésent dans le discours politique, dans l'imaginaire des populations, alimente des tensions au sein d'UNIR et entrave son implantation nationale. Ainsi, du 14 avril 2012, date de la dissolution du RPT, au 28 avril 2017 consécutive à la tenue, à Tsiévé, du premier congrès d'UNIR, ce parti a certes remporté la présidentielle de 2015 et les législatives de 2013, mais ne dispose toujours pas de structures tant au niveau national que local (enquêtes sur le terrain). Pourtant, les partis dominants sont souvent décrits comme ceux ayant aussi un fort ancrage social (Duverger, 1951 ; Charlot, 1972 ; Lemieux, 1993) D'où la question de savoir si le RPT a réellement disparu, et si UNIR peut être considéré comme dominant dans le paysage politique national ? Considérons qu'un parti est dominant du fait de ses succès électoraux, on peut affirmer par hypothèse, qu'un parti dominant n'est pas qu'une machine électorale capable de remporter de nombreux scrutins, de façon consécutive (Sartori, 1976). Il est aussi une organisation capable de perdurer dans le temps et dans l'espace du fait de son idéologie qu'il imprègne la société toute entière. C'est en cela que le RPT demeure omnipotent à l'ombre d'UNIR. Il semble que les partis dominants subissent certes de profondes transformations mais ne disparaissent pas.


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